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A PROPOS DES GENRES…


UNE INTERVIEW DE JOHN TRUBY


En janvier prochain, vous serez à Paris pour enseigner le module « 3 genres essentiels ». De quoi s’agit-il ?

Il s’agit de trois classes d’une journée consacrées aux trois genres les plus populaires de l’industrie du cinéma mondial : une journée pour la comédie, une journée pour l’ensemble Thriller/Crime story/Detective story, et une dernière journée pour la Love story. Ces 3 genres couvrent à eux seuls une part très importante des films produits. Le problème c’est que nombre d’auteurs, confirmés ou non, n’ont pas forcément conscience des techniques professionnelles qu’il est important de maîtriser pour écrire ces types d’histoires du mieux possible.

La caractéristique de ces classes est de proposer des techniques utilisées par les professionnels de l‘écriture. Pour chaque genre, j’explique comment trouver les temps forts (story beats) uniques et propres à chaque genre, ainsi que les techniques nécessaires pour réussir un script de haut niveau. J’explique aussi comment construire les scènes et écrire les dialogues dans chaque genre. Et puis, très important, j’explique comment transcender chaque forme d’histoire, comment raconter son histoire d’une manière nouvelle et originale, de façon à se distinguer de la masse.

Chaque classe est conçue pour apporter des outils pratiques et très concrets. A la fin, les participants ont à leur disposition une vaste palette de techniques, dont ils pourront se servir pour toutes les histoires qu’ils écrivent. Et je pense qu’à la fin de ces 3 jours, ils sont substantiellement mieux armés qu’ils ne l’étaient avant de commencer, qu’ils soient débutants ou déjà professionnels.


Pourquoi est-il si important de maîtriser ces genres ?

Parce qu’ils sont au cœur de toute l’industrie du divertissement dans le monde. Les producteurs et les studios montent les films en premier lieu sur les genres. Pas sur les stars, les réalisateurs ou les scénaristes qui viendront ensuite. Mais sur les genres. Ils achètent et vendent des projets de genres.

Une deuxième raison est que pour un auteur, le choix du genre dans lequel il va écrire son histoire est très important. Chaque forme d’histoire porte en elle une certaine approche, une certaine « philosophie de la vie ». Certains genres révèleront vos forces et d’autres, au contraire, vos faiblesses en tant qu’auteur. Il est donc important pour un auteur de chercher à savoir dans quels genres il sera à priori le plus à l’aise et le plus performant, et de comprendre pourquoi.


N’y a-t-il pas le risque d’un formatage des idées avec ce type de raisonnement et de classement ?

Non, c’est une idée fausse à propos des genres.
Connaître et maîtriser les genres doit permettre aux auteurs d’identifier les temps forts obligatoires de ces formes d’histoires (ceux que le public est venu chercher), pour mieux les dépasser en les tordant, en les twistant de manière originale et unique. D’une manière que le public n’a jamais vue auparavant. C’est cela que j’appelle transcender le genre.
Si vous racontez votre histoire en utilisant ces temps forts de manière classique, alors votre histoire est sans originalité et vous n’avez aucune chance...
Alors, pour transcender, encore faut-il identifier et connaître ces jalons importants que sont les temps forts de chaque forme d’histoire.
On écrit mieux et avec moins de douleur quand on sait vers où on doit essayer d’aller, ce vers quoi on doit essayer de tendre.
C’est cela la raison d’être de l’enseignement des genres : un outil d’orientation pour créer son propre chemin.


Quels films évoquez-vous pendants ces 3 jours ?

Pendant la journée consacrée à la comédie, j’analyse des films comme Little Miss Sunshine, Serial noceurs, Very bad trip, Quatre mariages et un enterrement, Un fauteuil pour deux, Annie hall… A travers ces films, et bien d’autres, nous faisons le tour des différents sous-genres de la comédie : la satire, la comédie noire, le trickster, le buddy picture, etc.
La journée consacrée au Crime m’amène à parler de films comme Usuals suspects, LA Confidential, The dark khnight, Fargo, Ocean eleven, Thomas Crown ou encore Un prophète. Il y en beaucoup d’autres mais je ne peux pas tous les citer.
Lors de la journée Love story, nous réfléchissons à des films comme Harry rencontre Sally, In the air, Juno, Un jour sans fin, High fidelity, L’arnacoeur, Titanic…


La fin de l’année 2011 approche, quels sont les films qui vous ont le plus impressionné cette année ?

Sans ordre de préférence :
Win Win (Les winners), Drive (Drive), Bridesmaids (Mes meilleures amies), Midnight in Paris (Woody Allen), Moneybal (Le stratège), Cedar Rapids (Bienvenue à cedar Rapids), The Help (La couleur des sentiments), Tree of Life, Point Blank (A bout portant - film Français de Fred Cavayé), Carlos (d’Olivier Assayas).


Avez-vous vu des films français récemment ?

J’ai vu trois films Français ces derniers mois : A bout portant, Carlos, et The artist. Chacun d’entre eux est un parfait exemple de la stratégie que j’évoquais plus haut, dans laquelle les auteurs ont utilisé la notion de genre mais en la transcendant.

Les Français font en ce moment d’excellents thrillers, sans doute parmi les meilleurs du monde, et A bout portant en est un bon exemple. Les auteurs partent à la base du genre Thriller et le combinent avec le genre Action. Ce qui a pour effet de booster la ligne narrative centrale à un rythme trépidant et de jouer avec la peur que le public ressent pour le protagoniste en intensifiant celle-ci sans cesse. Un bon thriller saisit le public pour ne plus le lâcher et A bout portant parvient à faire cela mieux que tous les thrillers que j’ai pu voir ces dernières années.


L’une des clés du succès de Carlos, c’est que le film combine deux genres qui vont rarement ensemble : l’Histoire vraie et le Mythe. C’est une stratégie brillante car elle permet de résoudre le challenge de l’histoire, qui est, comment couvrir trente ans de la vie d’un dangereux vagabond. Le genre du Mythe, où les notions de Guerrier et de Voyage initiatique sont centrales, permet de tracer une ligne narrative très claire qui connecte tous les évènements de cette existence de révolutionnaire. Le genre Histoire vraie modernise la forme du Mythe en la rendant pertinente et fascinante au public d’aujourd’hui. Cette intelligente combinaison de genres permet au film de tenir ses promesses sur ses 5 heures et demie.




The artist est la modernisation de la classique histoire d’un homme qui ne peut pas s’adapter aux valeurs et aux techniques d’un monde nouveau. Un thème que l’on déjà vu abordé dans des films comme Butch Cassidy, La grande Illusion, Cinema paradiso.
Ici, l’idée brillante de l’auteur-réalisateur Michel Hazanavicius a été de marier la forme cinématographique du film au contenu. En d’autres termes, de faire un film muet à propos d’un acteur de film muet qui ne peut s’adapter au parlant. Ce qui a pour effet de créer un étonnant challenge pour le film : comment raconter l’histoire de la chute tragique de cet homme sans la réduire à un ensemble d’émotions simplistes et de temps forts déjà éprouvés dans les films muets d’époque. Réponse : en construisant son scénario sur les temps forts familiers du classique, A star is born, Hazanavicius parvient à amener une stupéfiante créativité à chaque scène, et d’une manière plus générale, à sa trame narrative.

Ces trois films réussis sont la preuve, une fois encore, que le cinéma Français occupe en ce moment une place importante dans le monde et dans le mouvement vers des histoires construites avec l‘aide des genres.

 

 


 

Un prophète


Un prophète, film français nominé à l’Oscar du meilleur film étranger cette année, marque, me semble-t-il, une étape importante dans l’histoire du cinéma français et de l’industrie du cinéma. C’est un film qui appartient au genre de l’épopée policière, mais où l’histoire n’est pas racontée de haut en bas comme dans la plupart des épopées qui donnent cette impression de « films à grand spectacle ». Ici, l’histoire est racontée de bas en haut, ce qui accroît son pouvoir et lui permet de devenir intensément réaliste. Ceci a non seulement pour conséquence de donner un excellent film, mais aussi de marquer un mouvement notable pour le cinéma français qui vient ici concurrencer directement les États-Unis sur le terrain des films de genre.

L’élément clef qui permet de raconter une histoire à l’attrait universel est le genre. Etranglés par la théorie du cinéma d’auteur, certains scénaristes et scénaristes-réalisateurs français ont dédaigné la narration de genre, considérée comme une matière américaine prévisible ne s’adressant qu’au plus bas dénominateur commun. Refusant de tourner des films français au style américain, ils ont travaillé aux marges du genre si bien que leurs films n’ont été ni de bon films de genre, ni de bons films d’art et d’essai.


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LE LIVRE !


L'ouvrage de John Truby, The anatomy of story, paru aux USA chez le prestigieux éditeur Faber & Faber, est enfin disponible en français.
Depuis le 28 janvier 2010, L'Anatomie du scénario est publié aux éditions Nouveau Monde.
Sur près de 460 pages, John Truby expose sa vision de la dramaturgie de manière concrète et pratique, vision basée sur un long travail d'analyse de centaines de films, de pièces, de romans...
A noter, le remarquable travail de traduction de Muriel Levet, soutenu par une relecture pointue du scénariste Marc Herpoux (Pigalle la nuit, 8x52' - Les oubliées, 6x52' - L'embrasement, Les irréductibles, etc.). De la belle ouvrage.
Le livre est disponible sur le site de l'éditeur : http://www.nouveau-monde.net ainsi que dans toutes les librairies françaises et francophones (Belgique, Luxembourg, Suisse...).

 

 


 

Very Bad Trip


La Comédie est sans doute le plus mésestimé des genres. De nombreux auteurs pensent qu’ils vont écrire une bonne comédie parce qu’ils arrivent à être drôles. Ils pensent qu’il suffit d’enchaîner les blagues et les gags pour obtenir un bon scénario de comédie. Comme ils se trompent.
D’ailleurs, ce ne sont pas seulement les scénaristes amateurs qui commettent cette erreur. Un certain nombre de scénaristes confirmés écrivent des scénarios dans lesquels ils essaient de placer autant de blagues qu’ils le peuvent dans les dix premières minutes du film. Ce qui peut sembler être une bonne idée ; après tout, une fois que vous avez réussi à faire rire le public, il est tentant de penser que celui-ci vous restera acquis pour la suite.
En réalité, ces scénarios atteignent la plupart du temps leurs limites au bout de dix ou quinze minutes, et à partir de là, comme c’est étrange, cessent d’être drôles.
Ces auteurs ne réalisent pas qu’ils commettent une erreur habituelle : commencer par le moins important - les gags - et essayer de transformer cela en quelque chose de plus important. Alors qu’il vaudrait mieux selon moi commencer par le plus important – la structure comique adéquate – et les gags viendront alors naturellement, générés par les personnages.


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Il y a longtemps que je t'aime


De toutes les formes de fiction, la comédie dramatique est sans nul doute la plus intimiste. Si cette caractéristique lui permet de toucher le public au plus profond de lui-même, elle pose cependant certains problèmes aux scénaristes. Pour l'écriture de Il y a longtemps que je t'aime, l'une des meilleures comédies dramatiques de l'année, Philippe Claudel a eu recours à d'excellentes stratégies, qui lui ont permis de relever les défis propres à ce genre cinématographique.

Une bonne comédie dramatique repose toujours sur une question morale. Un problème qui ne peut trouver de réponse trop rapidement, sous peine de faire du film une sorte de sermon un peu gratuit.
La question morale doit donc être explorée de manière structurelle, ce qui implique de suivre la lente progression du héros au fil de l'intrigue. Une stratégie qui amène alors à une autre difficulté : les comédies dramatiques étant la plupart du temps réalistes et fortement basées sur la vie quotidienne de tout un chacun, il n’est pas possible d’avoir recours à une intrigue « palpitante ».
La situation est inextricable. Comment dissimuler une question morale derrière une intrigue lorsque cette dernière est extrêmement mince ?

Claudel y parvient grâce à plusieurs techniques.


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Interview exclusive de John Truby


En avril prochain, vous serez à Paris pour présenter, pour la première fois en France, votre Masterclass «Anatomie du scénario». Pouvez-vous nous en dire plus sur ce séminaire de 3 jours ? Quelle en est l’idée générale ?

John Truby : Je crois que l’écriture de scénario c’est d’abord ce que j’appellerais de l’«histoire pure», bien plus que dans les romans ou les pièces de théâtre. Il n’y a pas de remplissage possible dans un bon scénario et les scénaristes confirmés le savent bien. Les questions de structure et de genres sont les clés de voûte de tout scénario réussi. Si vous vous concentrez sur la question de la structure dés le début, vous êtes déjà sur la bonne voie.

Lors de cette masterclass, j’aborde les différentes questions liées à l’écriture en suivant un ordre logique, celui-là même qu’un auteur serait amené à suivre pour développer son script de manière organique.
Je commence par la technique qui consiste à synthétiser son idée de départ, puis j’aborde les questions ayant trait à la création des personnages. Vient ensuite la construction de l’intrigue à laquelle j’associe la question des 22 points clés de la structure. Puis la construction des scènes et la question des dialogues. Pour finir, la problématique des genres et la série Tv. Ainsi, en 3 jours de formation, nous faisons le tour des étapes majeures pour l’écriture d’un bon scénario.


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Pourquoi la structure en 3 actes tue votre scénario


John Truby nous envoie ce texte, nourri de ses réflexions sur les questions de structure. Voilà qui ouvre de nouveaux horizons...

On estime qu’environ 50 000 scénarios sont écrits chaque année à travers le monde. Et que seulement quelques centaines d’entre eux sont achetés et finalement produits. Pourquoi autant de scénaristes échouent-ils dans leur entreprise ?
C’est vrai qu’il existe probablement une limite concernant la quantité de scripts que le marché peut absorber et mettre en œuvre chaque année. Mais dans la grande majorité des cas, ces scripts ne se vendent pas parce qu’ils ne sont pas bons. Tout simplement.
J’ai enseigné et travaillé avec des milliers d’auteurs. Chacun d’entre eux était intelligent, passionné, déterminé. Et ceux qui ont échoué ne manquaient pas de capacités, de volonté ou de sincérité.
Il me semble que l’échec vient, presque toujours, du manque de formation et du manque de connaissance des techniques et habitudes professionnelles. Je suis de ceux qui pensent que l’art de l’écriture dramaturgique est plus difficile que la chirurgie du cerveau. Je ne plaisante pas !

Quand ils décident d’acquérir quelques connaissances en la matière, la plupart des auteurs en herbe vont acheter une poignée d’ouvrages sur le sujet. Et qu’apprennent-ils ? A tous les coups, ces livres leur parlent de la sempiternelle structure en 3 actes.
Ils viennent juste de tuer toute chance d’écrire un scénario qui puisse susciter l’intérêt des professionnels.
La fameuse structure en 3 actes est la plus destructrice des légendes qui ait été répandue auprès des auteurs. Je la qualifierais d’obsolète. Permettez-moi de vous expliquer pourquoi.

La structure en 3 actes existe pour une raison et une seule : un théoricien de la dramaturgie a un jour décrété son existence. Il lui est apparu que des événements importants semblaient avoir lieu aux alentours des pages 27 et 87 des scénarios réussis. Il appela ces évènements des pivots dramatiques (« plot points »), et affirma que, partant de l’existence de ces pivots dramatiques, un scénario devait avoir trois actes.
Et tout le monde le crut.
Personne ne s’aperçut qu’en fait, l’empereur était nu. Au contraire, un grand nombre de personnes épousèrent sa théorie et écrivirent un nombre impressionnant d’ouvrages (plus de cent à la date d’aujourd’hui) reprenant cette idée.
Certains allèrent même jusqu’à décréter que la structure en 3 actes se retrouve dans toute fiction (ce qui n’est pas vrai), et que c’est Aristote qui découvrit cette théorie. En réalité Aristote n’a jamais parlé des 3 actes. Il a dit que toute histoire comportait un début, un milieu, une fin, ce qui est bien différent ! Évidemment, tout peut se diviser en 3 parties. C’est souvent la première étape face à quelque chose qui vous dépasse et que vous devez transformer en un processus gérable. En fait, il me semble que la structure en 3 actes c’est un peu l’abécédaire de l’école de dramaturgie. C’est une première étape pour donner confiance aux auteurs débutants et les aider à commencer à écrire. Le problème, c’est que des milliers de gens qui essaient d’écrire à des fins professionnelles en sont encore à s’entraîner avec cet abécédaire pour débutant.

Pourquoi est-ce impossible de réussir un bon scénario avec la structure en 3 actes ?


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